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Gwendoline Robin : Article de Sylvie Ferré, Blocs-Notes 280. Septembre 2009
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Présente en 2005 au Toboggan de Décines, lors de ma soirée de performances dans le cadre de l’évenement “Uppercut de Femmes”, l’artiste belge Gwendoline Robin revient à Lyon pour trois performances, une par jour, dans le cadre du weekend “Ça trace” aux Subsistances. Bloc-Notes 280 • septembre 2009 • page 23

L e s S u b s i s t a n c e s e n f l a m m e s

Gwendoline travaille depuis toujours avec les explosifs, les fumigènes, et divers artifices qui nécessitent un savoir-faire et une complète connaissance de la pyrotechnie. Avec la plus grande concentration, elle prépare son matériel bien avant son action, et surtout ne doit pas oublier de se protéger, c’est indispensable pour sa sécurité. L’artiste joue vraiment avec le feu. Ce processus peut déstabiliser, rien n’est totalement calé puisque tout peut exploser de façon aléatoire. Cela demande un don d’adaptation, c’est une recherche perpétuelle, un défi entre elle et le matériau et bien sûr la confrontation brutale des deux. Ce qui peut parfois occasionner de belles déceptions, de vilains hématomes, voire de cuisantes brûlures. Éternelle inquiéte, dans la conscience de l’hypothétique résultat final, celle qui doit tout prévoir, choisit de faire face à la possible imperfection que peut générer ce sacré challenge,… cela peut ne pas fonctionner, trop d’humidité ou une mauvaise connexion vont, par exemple, nuire au bon déroulement de la performance. Il est arrivé une fois que rien ne se soit passé, et cela peut se reproduire. L’artiste en a tiré la leçon et sait s’adapter. En accepter le risque aussi. Et, aux Subsistances, le déroulement des actions sera sans problèmes. L’audacieuse Gwendoline pendant ces trois jours laissera une trace insolite certainement plus (sur)prenante que ne le feront la plupart des spectacles présentés.

Marche # 6899.

Gwendoline déroule un tapis de papier et inscrit dessus avec un pinceau des signes mystérieux. Ces signes vont prendre feu sous ses pieds lorsqu’elle marche lentement dessus. Sous les colonnes du réfectoire des nonnes, une longue ligne de feu flambe. Ensuite, disparaissant derrière la fumée provoquée par de gros batons de fumigènes attachés à ses chevilles, elle enfume également l’assistance. Cachée sous un masque ignifugé, de grosses lunettes et un casque, elle se saisit de la mèche qui en pend et l’allume. L’étincelle remonte devant son visage. La violente explosion en fera sursauter plus d’un. Gwendoline devient gerbe d’étincelles avant de déposer au sol le casque encore fumant et de s’éclipser.

Instant # 6899.

Le lendemain, c’est sur le toit de l’accueil que l’artiste apparaît brièvement. Un grand manteau blanc la recouvre, s’enfume progressivement et commence à brûler. Les flammes la cachent, on ne la distingue plus, un halo de fumée la camouffle et perdurera longtemps après. Le fait qu’elle soit très loin du public dissimule les détails de cette action rapide et esthétique.

Territoire # 6899,

sa dernière intervention, aura lieu en plein jour. Ce détail, non dénué d’intérêt, laisse voir la préparation de l’artiste et sa transmutation enlevant son côté spectaculaire. Comme un retour à l’essence même de la performance. Gwendoline a reproduit minutieusement la maquette des Subsistances en papier blanc. Elle verse autour un produit inflammable et revêt sa combinaison blanche, masque, lunettes et casque, le tout bardé d’explosifs. Ainsi prête, elle allume la mèche qui va peu à peu mettre le feu aux Subsistances, flammes et fumée s’élèvent. Fumigène aux pieds, l’artiste marche vers le dernier bâtiment demeuré intact. Sa combinaison flambe par endroits. Ainsi, symboliquement, elle ira l’incendier. Quelques minutes plus tard, elle dépose son casque noirci et son vêtement encore fumeux. De toute évidence, à travers ses doutes, Gwendoline prend la mesure de ses incertitudes, et, pour ne pas en perdre une étincelle, elle s’en sert pour trouver l’émulation nécessaire à la construction de son oeuvre.

Sylvie FERRÉ

Remerciements à Jean Mereu pour sa relecture.

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